Concours de lapins : pourquoi envoyer des lapins au Rwanda ?

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Pourquoi Vétérinaires Sans Frontières envoie-t-elle des lapins au Rwanda ?

Au Rwanda, nous offrons des lapins (deux femelles et un mâle) à des familles pauvres pour qu’elles puissent commencer un petit élevage. Ces animaux leur permettent de sortir, petit à petit, de la pauvreté. Mais comment est-ce possible ? Comme vous le savez, les lapins se reproduisent très vite et les familles peuvent donc rapidement vendre quelques jeunes. Ces ventes leur rapportent un peu d’argent, qui leur permet d’acheter de la nourriture – vitale et variée –, ainsi que des vêtements, de construire une maison décente, d’envoyer leurs enfants à l’école et de s’affilier à une mutuelle, afin d’avoir accès à des soins de santé et médicaments gratuits. De temps en temps, les familles peuvent aussi manger de la viande, une denrée nutritive riche en protéines qu’elles ne pouvaient autrefois pas s’offrir en raison de son prix trop élevé. Les lapins fournissent aussi de l’engrais, qui permet de nourrir un sol épuisé et donc de cultiver davantage de fruits et de légumes. Mais Vétérinaires Sans Frontières fait bien plus encore : nous aidons les éleveurs à se réunir au sein de coopératives et nous les soutenons en leur offrant un potager, un four écologique et des formations sur l’alimentation variée, la santé animale, etc. Car, évidemment, il est inutile de distribuer des lapins si nous négligeons tous les autres facteurs qui ont une influence sur leurs conditions de vie.

Pourquoi Vétérinaires Sans Frontières envoie-t-elle des lapins belges au Rwanda ?

Tout d’abord, précisons qu’il s’agit d’un cas exceptionnel. Normalement, nous travaillons toujours avec des lapins élevés localement, que nous achetons dans des marchés aux bestiaux au Rwanda. Nous accordons beaucoup d’importance à cet aspect. Nous stimulons ainsi l’économie locale et sommes certains que les lapins sont habitués au climat, à la nourriture disponible et aux maladies présentes dans la région. Mais lorsqu’on travaille longtemps avec les mêmes animaux, le risque de consanguinité augmente. Les animaux sont alors en moins bonne santé et moins productifs : ils sont moins gros et ont moins de petits. Ils sont aussi plus susceptibles de développer des malformations physiques. Pour conserver une lignée saine, nos vétérinaires rwandais souhaitent croiser les lapins locaux actuels avec quelques nouveaux animaux, en l’occurrence des lapins californiens (une race résistante, de taille moyenne, qui se reproduit bien).

Êtes-vous sûr que votre plan portera ses fruits ?

Oui. Nous l’avons mis en œuvre une première fois au Congo, avec succès. En 2011, nous avons importé au Rwanda quelques lapins californiens originaires du Congo, que nous avons croisés avec des lapins locaux. Une réussite ! Les familles qui croisent leurs lapins avec des descendants de ces lapins californiens obtiennent des animaux plus grands et plus forts, qu’elles vendent donc plus cher. Pour un lapin croisé de 6 mois, elles demandent 4,5 euros, alors qu’un lapin non croisé du même âge ne vaut que 2 euros. Ces lapins sont par ailleurs très demandés par les autres petits exploitants et par les consommateurs. Les lapins californiens s’adaptent très bien aux conditions locales (climat, alimentation) et sont aussi résistants aux maladies que les races locales.

Qu’advient-il des lapins californiens ?

À côté de nos bureaux de Butare, au sud du Rwanda, notre vétérinaire Jean Claude Ngizwenayo dirige un élevage de lapins californiens du Congo. Ces lapins ont déjà eu beaucoup de petits, que nous avons distribués à des familles. Nous avons choisi des familles qui s’occupent bien des lapins et ont un élevage prospère. Ce sont elles qui croisent les lapins californiens avec les lapins locaux et donnent ou vendent ensuite les petits à d’autres familles.

Que va devenir le lapin belge que vous allez envoyer au Rwanda ?

Ce lapin va s’envoler pour Butare avec deux femelles et un autre mâle. Notre vétérinaire, Jean Claude, s’occupera de ces lapins pendant quelques mois, jusqu’à ce qu’ils se soient adaptés à leur nouvel environnement. Ensuite, nous les confierons à des familles qui dirigent un élevage de lapins prospère. Ils ne resteront donc pas dans notre bureau de Butare, auprès de Jean Claude, car nous ne disposons pas d’assez d’herbe, dans ce milieu urbain, pour nourrir tous ces lapins. Jean Claude gardera toutefois un œil sur ces lapins californiens et accompagnera bien les familles. Car pour avoir des lapereaux sains, il faut des parents sains qui se reproduisent dans des conditions optimales ! Ensuite, les familles peuvent donner ou vendre les petits aux autres paysans intéressés.

Les animaux peuvent-ils survivre à un tel changement d’environnement ?

Nos vétérinaires rwandais n’ont pas choisi la race californienne au hasard. Nos précédentes expériences au Congo et au Rwanda nous ont appris que le lapin californien se développe bien et résiste aux mêmes maladies que les espèces locales, qui vivent depuis longtemps au Rwanda. La race s’adapte facilement à un nouvel environnement et ne nécessite pas de nourriture ou de soins spécifiques ou en grande quantité. Ces animaux sont aussi très demandés sur le marché local et particulièrement adaptés à l’élevage artisanal, y compris dans les régions chaudes.

N’introduisons-nous pas des espèces non indigènes ?

Les lapins que l’on trouve au Rwanda ne descendent pas d’une ancienne race indigène, contrairement, par exemple, aux vaches Ankole. Les lapins ont été introduits au Rwanda par l’homme, il y a plus d’un siècle. Depuis, ils se sont bien adaptés au climat et se sont intégrés à l’écosystème local. Les « nouveaux » lapins californiens ne constituent pas non plus un danger pour la biodiversité. Ils ne menaceront pas les espèces locales, mais s’intégreront à la population domestique existante.

Risque-t-on une véritable invasion de lapins ?

Une invasion, comme celle qui a eu lieu en Australie, n’est pas à craindre. Les lapins ne sont pas élevés en liberté, mais dans des clapiers. Bien sûr, il est toujours possible qu’un lapin s’échappe, mais cela ne poserait pas de problème. Au Rwanda, contrairement à l’Australie, le lapin serait la proie de suffisamment de prédateurs naturels.

La viande de lapin respecte-t-elle les habitudes alimentaires locales ?

Au Rwanda, la viande de lapin est considérée comme un substitut de la « viande de brousse » (par ex. les singes). En ce sens, elle contribue à la protection des espèces sauvages, de plus en plus menacées d’extinction. La viande de lapin est d’ailleurs aussi servie dans les restaurants locaux.

Perturbons-nous l’entreprenariat local en distribuant des lapins ?

Bien au contraire, nous favorisons l’entreprenariat local. Tout d’abord, nous permettons à des personnes qui n’ont pas les moyens d’acheter des sources de protéines animales locales d’élever elles-mêmes des animaux. Ensuite, comme leur pouvoir d’achat augmente, elles ont suffisamment d’argent pour ouvrir un petit commerce. Évidemment, nous surveillons toujours la situation de près, car si tout le monde se mettait à élever des lapins, le marché s’effondrerait. Nous gardons l’intégralité de la chaîne à l’œil et soutenons aussi les élevages existants en leur achetant des lapins.

Qui finance tout cela ?

Évidemment, envoyer quatre lapins au Rwanda coûte de l’argent, mais c’est un investissement qui en vaut la peine. L’impact positif sur la vie des familles d’éleveurs est énorme. C’est ce qui motive nos efforts. Pour ce concours, Vétérinaires Sans Frontières collabore avec Permesso. Eux-aussi sont convaincus de l’utilité de cette action. Ils nous soutiennent financièrement en achetant des lapins et de confortables cages avec abreuvoir et mangeoire, mais aussi en assumant les frais vétérinaires et de transport (en voiture depuis l’élevage de Medell jusqu’à Zaventem, puis en avion jusqu’au Rwanda).