Améliorer la filière lait à Niamey, le défi d’Ousseini Ganda Ide

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Ingénieur agronome de formation, Ousseini Ganda travaille depuis cinq ans pour l’ONG nigérienne Karkara, partenaire de Vétérinaires Sans Frontières depuis 2002. En collaboration avec notre ONG, Karkara se charge de la mise en œuvre des activités tout en s’appuyant sur sa connaissance du terrain.

Quel est votre rôle sur place ?

Depuis juin 2012, je suis responsable des activités d’appui à la promotion de la filière lait à Niamey. Notre objectif est d’améliorer de manière durable l’économie et les conditions de vie des familles d’agro-éleveurs en améliorant l’élevage paysan. La population nigérienne étant composée à 87% d’éleveurs, notre travail répond à une réelle nécessité. Nos actions visent en particulier à améliorer la qualité et la quantité du lait produit et commercialisé par les petits producteurs de la ville de Niamey. Pour y arriver, nous avons mis en place deux actions principales : la collecte du lait et des services de santé animale de proximité.

Comment s’effectue la collecte du lait ?

Deux fois par jour, un collecteur, choisi par la communauté, passe chez les différents producteurs pour récolter leur lait. Dans les deux heures, il l’apporte dans un centre de collecte, une sorte de coopérative d’éleveurs. Si les éleveurs ont décidé de se regrouper, c’est pour pouvoir offrir une quantité plus importante aux laiteries et s’assurer une demande constante. Cela permet également à certains éleveurs isolés d’éviter certains problèmes rencontrés par le passé. N’ayant pas accès au marché, ils étaient contraints de déverser le surplus de la traite dans les champs.

Une fois arrivé au centre de collecte, que se passe-t-il avec le lait ?

Le centre de collecte apporte tout le lait collecté à la laiterie. Cela représente environ 1500 litres par jour. Mais pour qu’elle l’achète, il faut que le lait soit de bonne qualité. Plusieurs mesures ont été mises en place pour s’en assurer. Dans un premier temps, les éleveurs et les collecteurs ont suivi une formation concernant l’hygiène à respecter lors de la traite et de la manipulation du lait. Nous avons aussi sensibilisé les éleveurs pour qu’ils soient solidaires entre eux et puissent se faire confiance. S’ils savent que leur lait est de mauvaise qualité, ils doivent adopter un comportement responsable et choisir de ne pas le donner au collecteur, car celui-ci risquerait de contaminer le lait des autres éleveurs. Et dans ce cas, personne ne pourra être rémunéré. Jusqu’à présent, je dois dire que l’honnêteté et la solidarité sont au rendez-vous.

Vous parliez de services de santé animale de proximité. En quoi consistent-ils ?

Notre stratégie en matière de santé animale consiste à mettre en place des services vétérinaires privés et à former des agents communautaires de santé animale parmi les éleveurs. De cette manière, même dans les régions reculées, les éleveurs ont un accès plus rapide aux soins d’un spécialiste en cas de problème avec une de leurs vaches. De plus, ils ont aussi l’assurance que les médicaments administrés à leur animal sont de qualité.

Après presque cinq ans de travail, quel est le bilan des activités ?

Pour moi, c’est une vraie réussite. On constate une augmentation du revenu des éleveurs. Nous avons également remarqué des changements dans la gestion des ménages. Avant, les bénéfices de la vente du lait allaient uniquement aux femmes. Elles devaient faire du porte à porte pour vendre leur lait, sans aucune certitude de revenu. Aujourd’hui, le collecteur vient directement chercher le lait chez les éleveurs. Ils sont sûrs que le lait sera vendu et les femmes ont plus de temps pour vaquer à leurs occupations. Cinq fois par semaine, les bénéfices de la traite du matin vont aux hommes. Avec cet argent, ils peuvent acheter de la nourriture pour leur bétail. Les femmes ne se plaignent pas car en fin de compte, grâce à l’augmentation des revenus, elles reçoivent la même somme.

Comment voyez-vous l’avenir ?

Le principal défi sera la mise à l’échelle des activités de collecte. Vu les résultats positifs, de plus en plus d’éleveurs souhaitent rejoindre à l’aventure.