Depuis 2022, Vétérinaires Sans Frontières Belgique (VSF‑B) et Médecins du Monde (MdM) déploient un système d’épidémiosurveillance communautaire à l’est de la République démocratique du Congo, autour du parc national de Kahuzi‑Biega, “hotspot d’émergence de pandémies”. Bien que l’épidémie d’Ebola vienne d’être déclarée, nous étions déjà prêts. Notre dispositif, fondé sur l’approche One Health, est opérationnel en permanence. Il joue aujourd’hui un rôle essentiel face à l’épidémie d’Ebola.
Une surveillance intégrée à base communautaire, fondée sur l’approche One Health, pour lutter contre les zoonoses
Ces dernières années, la population congolaise subit de plus en plus d’épidémies : Mpox, Fièvre de la Vallée du Rift, Brucellose… Toutes ont un point commun : ce sont des zoonoses, des maladies qui se transmettent de l’animal à l’humain. Aujourd’hui, 60% des maladies infectieuses humaines sont d’origine zoonotique, un phénomène aggravé par la dégradation des écosystèmes et les pollutions.
Parce qu’elles se situent à l’interface entre la santé humaine, animale et environnementale, ces maladies exigent une réponse globale. C’est tout l’enjeu de l’approche One Health, que nous avons mis en place depuis plusieurs années. Promue par l’Organisation mondiale de la Santé depuis le début des années 2000, elle reconnaît l’interdépendance des trois santés. Elle s’impose aujourd’hui comme l’une des stratégies les plus efficace pour prévenir les zoonoses.
La surveillance intégrée à base communautaire est l’un des piliers de l’approche One Health. MdM prend en charge les questions de santé humaine et environnementale, tandis que VSF-B se concentre sur les aspects liés à la santé animale. Parmi les acteurs de ce volet, six vétérinaires et plus de 176 Agents Communautaires de Santé Animale (ACSA), tous issus des communautés locales, sont présents chaque jour dans des zones souvent très isolées. Ils détectent et signalent rapidement tout événement sanitaire suspect, y compris une épidémie.
Leur rôle comprend aussi la sensibilisation aux comportements et l’engagement communautaire dans la lutte contre les maladies zoonotiques. Ils expliquent les risques sanitaires, les modes de transmission et les comportements préventifs. Les ACSA sont reconnus par les autorités et les populations. Leur ancrage local facilite donc la communication des risques. Leurs messages sont mieux compris et mieux acceptés, ce qui renforce l’efficacité de la prévention.
Un dispositif efficace et peu coûteux pour répondre à l’épidémie d’Ebola
Notre système de surveillance fonctionne en veille permanente et s’active en cas d’alerte. Il a déjà été mobilisé lors d’épisodes de Mpox ou de Fièvre de la Vallée du Rift en 2024. Aujourd’hui, il est pleinement engagé dans la riposte à l’épidémie d’Ebola qui sévit à l’Est de la RDC, plus particulièrement en Ituri et au Nord‑Kivu. L’épidémie touche désormais aussi le Sud‑Kivu, dans les zones de santé de Miti‑Murhesa et Katana. À ce jour, trois cas de maladie à virus Ebola ont été confirmés et un décès a été enregistré dans la zone de santé de Miti‑Murhesa, en territoire de Kabare.
Les équipes vétérinaires, les ACSA et les comités One Health mènent des actions de prévention et de sensibilisation pour limiter la propagation du virus. Ils interviennent notamment sur des points de rassemblement comme les écoles, les églises, les marchés et les marchés à bétail. La prévention repose sur la mise à disposition de protection individuelle pour le personnel soignant, l’installation de dispositifs de lavage des mains dans les structures sanitaires et la distribution de solutions hydroalcooliques. Elle inclut également la sensibiliser des éleveurs à l’hygiène et au lavage régulier des mains après toute manipulation d’animaux. Pour renforcer la communication des risques et de l’engagement communautaire, des messages clés sont diffusés sur les radios communautaires. Des outils de sensibilisation sont également remis aux ACSA.
Leur ancrage et leur présence de longue date dans les communautés permettent d’éviter les tensions avec les équipes d’intervention — parfois prises pour cible, comme récemment en Ituri — et favorisent l’engagement des populations.
Ce dispositif de proximité est à la fois efficace et peu coûteux. Il contraste fortement avec les réponses d’urgence, qui mobilisent des moyens colossaux une fois que l’épidémie est déjà installée. Sans changement profond dans notre manière d’aborder la santé, nous resterons enfermés dans un cycle de crises successives, toujours en réaction et jamais en prévention.
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