Dans le village reculé de Wansoukou, au nord du Bénin, les femmes dansent et chantent. Leurs sourires transpirent la joie et la sérénité. Aujourd’hui, est un jour particulier, la solidarité est à l’honneur pour la première redistribution des jeunes moutons. Il y a un an et demi, une dizaine de personnes ont été sélectionnées pour recevoir trois moutons avec comme unique contrepartie, de donner à leur tour leurs premiers petits. Cet appui marque une nouvelle étape de l’élevage solidaire au Bénin.
Sur la place du village, à l’ombre des arbres, tous les villageois sont présents, habillés de leurs pagnes colorés pour écouter l’annonce du déroulement de la redistribution. Les premiers bénéficiaires sont venus avec leurs jeunes moutons. L’équipe de staff organise la redistribution par un tirage au sort des nouveaux lots constitués. C’est également l’occasion pour ces premiers bénéficiaires de prendre la parole. Ils partagent leurs expériences et prodiguent des conseils à leurs voisins. L’une d’entre eux, Clarisse est très à l’aise avec l’exercice et ajoute une pointe d’humour à ses explications.
Clarisse, qui a un don pour transmettre ses savoirs

Clarisse dans son atelier de couture, où elle forme de jeunes femmes et transmet son savoir. © Loïc Delvaulx
Clarisse est veuve et mère de cinq enfants, elle dégage une force tranquille et affiche un sourire contagieux. Elle témoigne du bouleversement qu’a représenté cet appui.
« L’arrivée des moutons a été un véritable tremplin dans la gestion de mon foyer », raconte-t-elle.
Elle a appris à coudre avec les sœurs de son village et a ouvert son propre atelier il y a 8 ans. Aujourd’hui, grâce à plusieurs machines à coudre, elle peut y former une vingtaine de jeunes filles. Elle exprime cependant avec regret que “Mon atelier ne rapporte pas assez pour que je puisse me passer de l’élevage. Les commandes ne sont pas régulières et ne rapportent pas assez. L’élevage est ma principale activité génératrice de revenu.”
Des changements concrets grâce à l’élevage solidaire au Bénin
Avec émotion, elle évoque les changements concrets que cela a permis pour sa famille :
«Ce qui a changé pour moi avec l’arrivée de ces moutons, c’est l’argent que je gagne. Grâce à cet argent, j’ai pu envoyer tous mes enfants à l’école privée. Je gagne assez pour que ma fille ainée de 15 ans suivre le lycée à Natitingou. Sans cela, elle aurait dû commencer à travailler pour m’aider. Maintenant, je peux payer l’école et les dépenses associées (livres, cahiers, …) sans soucis et je suis fière de ça.»
Elle n’oublie pas de rappeler les réalités du quotidien, qui restent difficiles malgré les progrès :
« Ici nous sommes pauvres, la vie est difficile. Nous n’avons pas assez pour manger correctement. Si nous avons besoin d’argent pour les soins de santé des enfants, nous devons vendre nos animaux et donc nous n’avons plus de source de revenu. »
Clarisse insiste aussi sur la force du groupe qu’ils ont formé avec les autres bénéficiaires :
« Depuis que nous avons reçu les animaux, il y a un partage de conseils, des réunions entre bénéficiaires de la communauté. Cela a créé des liens entre nous. Nous sommes devenus un groupe important auquel le village fait appel dans sa prise de décision. Par exemple, voyez le champ de maïs à côté de ma maison, nous avons collectivement décidé de commencer la culture l’année dernière. Nous nous partageons le travail au champ ainsi que ce que donne la récolte de maïs. »
Noya, préparer l’avenir et transmettre à son tour

Noya reçoit trois moutons : un nouveau départ pour sa famille et un investissement dans l’avenir. © Loïc Delvaulx
Parmi les nouvelles bénéficiaires, Noya vient tout juste de recevoir trois moutons. Mère de huit enfants à trente-cinq ans, Noya est animée par une détermination claire : nourrir sa famille, et offrir à ses enfants un avenir meilleur. Dans sa vision, ces moutons sont déjà les leurs. Ce sont les animaux de ses enfants, une richesse vivante qu’ils pourront faire fructifier plus tard. Noya attendait cela depuis longtemps :
« Lorsque j’ai vu les autres personnes du village recevoir des animaux, j’étais curieuse et je leur ai rendu visite pour voir comment ils s’en occupent. »
Dès que Noya et son mari ont su qu’elle serait la prochaine bénéficiaire, ils ont commencé à se préparer à leur arrivée. Ils ont construit un enclos, semé et mis de côté des herbes pour les périodes sèches, et bâti un grenier pour stocker la nourriture. Elle le sait : pour cela, il faut bien s’occuper des bêtes afin qu’elles se reproduisent.
Une solidarité qui transforme le village
En plus du développement de leur activité, Noya a également perçu ces nouvelles dynamiques sociales auxquelles elle a hâte de prendre part :
« Ils se retrouvent pour échanger des conseils à la fois sur l’élevage mais aussi sur la manière de gérer leur foyer, les enfants, … Il y a une véritable cohésion sociale qui s’est formée. Le groupe de femmes a commencé à se retrouver pour parler de leurs animaux, et ont créé des liens qui leur a permis de s’affirmer en tant que groupe. Des personnes qui ne s’entendaient pas spécialement bien, ont commencé à se côtoyer et à se rendre visite. Le groupe est maintenant reconnu dans la communauté et a un certain statut. Ils sont maintenant sollicités lors des décisions prises au sein du village. »
Ainsi, une chaîne de solidarité se tisse peu à peu, de femme en femme, de famille en famille. À travers des gestes simples – offrir un animal, donner un conseil, partager un champ – c’est tout un tissu social qui se renforce. L’élevage solidaire au Bénin ne se limite pas à transmettre des moutons. Il transmet aussi de la confiance, de la reconnaissance, et surtout un sentiment d’appartenance. Pour Clarisse, Noya et bien d’autres, ces liens renforcés sont peut-être le plus grand des héritages.

