One Health : des animaux sains, des hommes en bonne santé

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Amadou Sayo est Directeur régional des programmes de développement de Vétérinaires Sans Frontières en Afrique de l’Ouest. Etant lui-même vétérinaire et agro-éleveur, il dispose d’une solide expérience en ce qui concerne ‘One Health’ en Afrique sub-Saharienne. “La santé des gens, des animaux et de leur environnement sont étroitement liés,” explique-t-il.

Amadou Sayo est né dans une famille d’agro-éleveurs à Tahoua, dans le centre du Niger. Dès son plus jeune âge, il s’occupe des animaux de la famille. Il aime en particulier les chevaux, que son père élève pour participer à des courses hippiques. Cette passion pour les animaux oriente son choix d’études : en 1988, il sort diplômé en médecine vétérinaire à Dakar, au Sénégal.

Des expériences intéressantes

Après ses études, Amadou entame sa carrière professionnelle en tant que vétérinaire dans le secteur public au Niger. Basé à Dogondocutchi , dans la région de Dosso, à quelque 270 km de la capitale Niamey, il est confronté pour la première fois au lien très étroit entre santé animale et santé humaine quand il est témoin d’un cas humain de rage. Grâce à ses études et à son milieu d’origine – une famille d’éleveurs –, Amadou est déjà très sensible à l’importance des animaux. Ce cas le conforte encore plus dans sa conviction qu’il est primordial de travailler sur l’interface entre santé animale, santé humaine et environnement, aujourd’hui communément appelée One Health.

Cette expérience humainement très difficile mais très intéressante le marquera pour le reste de sa carrière. Plus tard, en tant que directeur de l’abattoir de Zinder, la nécessité de travailler sur le concept s’imposera de nouveau à lui au vu de la grande prévalence des maladies zoonotiques telles que la ténia, le tuberculose et l’anthrax. « Les éleveurs sont exposés à cause des animaux sauvages porteurs de pathogènes qui peuvent aussi rendre malade les chiens, les chats et les animaux de rente comme les vaches, les moutons et les chèvres, » explique Amadou.

Quelques années plus tard, la politisation de la fonction publique au Niger étant de plus en plus importante, Amadou décide de se tourner vers les ONG internationales. D’abord employé par CARE International puis consultant, Amadou rejoint finalement Vétérinaires Sans Frontières. D’abord en tant que Directeur des projets au Niger, et depuis 2016 comme Directeur des opérations en Afrique de l’Ouest.

Des animaux sains, des hommes en bonne santé

‘Des animaux sains, des hommes en bonne santé’, telle est la devise de Vétérinaires Sans Frontières. L’ONG travaille en effet de manière concrète sur le concept One Health dans huit pays d’Afrique. « L’objectif de Vétérinaires Sans Frontières est d’augmenter durablement la quantité et la qualité des produits d’origine animale disponibles », explique Amadou.

« Pour ce faire, nous développons des activités autour de l’usage des médicaments vétérinaires et en particulier des antibiotiques, et nous mettons l’accent sur l’approche One Health. Vétérinaires Sans Frontières s’efforce de lutter contre les antibiotiques de mauvaise qualité dans l’élevage. Notre objectif est évidemment de diminuer leur usage, mais cela doit se faire par étapes. Nous promouvons un usage correct, avec la bonne administration selon la maladie, et contrôlons que les antibiotiques utilisés sont de bonne qualité. En Afrique de l’Ouest, beaucoup d’antibiotiques sur le marché sont de mauvaise qualité, principalement en provenance du Nigéria, ce qui est néfaste pour la santé des animaux comme de l’Homme. En mettant en place des pharmacies proposant des médicaments pour les animaux, nous essayons de lutter contre cela. Nous veillons ainsi à faire circuler des antibiotiques de bonne qualité, sur prescription d’un vétérinaire. »

Sensibilisation à l’usage des antibiotiques

“Après l’administration d’un antibiotique, un délai d’attente doit être respecté avant de pouvoir consommer la viande, les œufs ou le lait d’un animal traité. En sensibilisant les éleveurs, ils prennent conscience de l’importance de ce délai d’attente légal. Les activités de sensibilisation requièrent une surveillance et un contrôle régulier des produits utilisés, effectués par un service public performant – nous travaillons dans ce sens avec les instances locales comparables à l’AFSCA en Belgique. Vétérinaires Sans Frontières veille également à valoriser les traitements traditionnels pour certaines maladies animales. Cependant, à cause du climat et d’autres circonstances, l’usage des antibiotiques est parfois la seule solution. »

« Dans les programmes de développement de certaines régions, le concept One Health est aussi intégré de manière transversale. Dans la région de Tillabéri par exemple, Vétérinaires Sans Frontières travaille avec Médecins du Monde. Ensemble, les deux organisations assurent la surveillance épidémiologique dans les villages et effectuent des campagnes de vaccination conjointe, pour la population et les animaux. Pour y arriver, une bonne collaboration entre les différents acteurs et services médicaux et vétérinaires est primordiale. »

Un partenariat global pour des systèmes de production durables

Pour Amadou, des partenariats sont aussi indispensables au niveau régional et international pour que l’approche One Health soit de plus en plus répandue. « Vétérinaires Sans Frontières participe d’ailleurs au groupe de travail régional dédié au concept One Health au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), sous l’égide du Centre Régional de la Santé Animale, basé à Bamako. L’organisation accompagne également le Réseau Billital Maroobe – une des plus grandes organisations paysannes en Afrique de l’Ouest – dans des activités de plaidoyer pour une santé animale adaptée aux besoins des éleveurs transhumants. Les éleveurs sont en effet au cœur des activités de Vétérinaires Sans Frontières en Afrique et jouent un rôle primordial pour la promotion de One Health en tant qu’approche transversale. »

« Les éleveurs belges, européens et africains doivent mener un combat commun et promouvoir des systèmes de production plus durables. La santé de l’Homme et de l’animal est menacée par des bactéries qui sont résistantes aux antibiotiques, aussi bien ici qu’en Europe. Un mauvais usage des antibiotiques dans l’élevage peut par exemple mener à une augmentation de l’antibiorésistance chez les humains. La solution est évidemment de diminuer l’usage des antibiotiques, mais dans le secteur de l’élevage en Afrique, cela passe d’abord par la promotion d’un usage correct d’antibiotiques de bonne qualité. »