Vers une prise de conscience des coûts cachés de notre alimentation

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Comme chaque année au mois de mars, nous organisons une journée de sensibilisation avec SOS Faim et Eclosio pour les étudiants agronomes, dans le cadre du programme Jagros. Afin de nourrir leur réflexion, nous proposons des ateliers animés par des ONG, agriculteurs et associations du Nord et du Sud.

Une fois n’est pas coutume, cette année les activités se sont déroulées en deux fois et en ligne. Ces 3 et 15 mars, nous avons donc réuni 400 étudiants autour d’une question très actuelle : dans un contexte de mondialisation croissante, quels sont les coûts cachés et impacts négatifs de notre système alimentaire industriel ? Décryptage par Amandine, notre stagiaire.

Un coût pour les générations futures

« On dit souvent que le système alimentaire industriel permet une alimentation à bas prix pour les ménages pauvres mais c’est une tromperie. Car en fait, c’est une alimentation qui est très coûteuse, avec beaucoup d’impacts négatifs sur l’environnement notamment. Les coûts sociaux, environnementaux et sanitaires ne sont pas répertoriés dans le prix que le consommateur paie au supermarché. Qui paie alors ces coûts ? Ce sont  les générations futures, le contribuable, pour effacer les problématiques de cette manière de produire et de consommer », nous expliquait Olivier De Schutter, ancien rapporteur spécial aux Nations Unies sur le droit à l’alimentation, invité pour la conférence d’introduction. Un constat qui en dit long sur la complexité de la problématique.

En effet, les coûts cachés de notre alimentation sont de natures multiples et s’impactent les uns les autres. Nous avons identifié 5 dimensions : les aspects sanitaires, le bien-être animal, les impacts socio-économiques, environnementaux et politiques. Autant de points d’attention pour limiter au maximum les impacts négatifs de la production des aliments se retrouvant dans nos assiettes.

L’élevage industriel mis en cause

En tant que spécialiste de l’élevage, c’est notre ONG qui a abordé les conséquences sanitaires du système d’élevage industriel. Impossible de ne pas faire le lien avec les pandémies d’origine animale, ou zoonoses, en recrudescence depuis les années 2000. La COVID-19 est en effet déjà la sixième pandémie connue au cours des vingt dernières années. On le sait peu, mais environ 60 % des maladies humaines infectieuses connues proviennent d’animaux ainsi que 75 % des maladies humaines émergentes (AFD, 2011).

L’augmentation de leur fréquence est en lien avec la manière dont nous interagissons avec l’environnement. Car à l’état naturel, les animaux sauvages sont en équilibre avec les microbes et virus dont ils sont porteurs. C’est l’activité humaine, notamment par la déforestation, qui entraîne une perte de biodiversité et perturbe cet équilibre en multipliant nos contacts avec les animaux sauvages. Mais quel est le lien avec l’élevage intensif ? A cause de la grande proximité à la fois physique et génétique des animaux d’élevage, ce système est peu résilient aux infections externes et amplifie la propagation des maladies. [1]

Le système industriel est aussi souvent négatif pour le bien-être animal. Pour produire plus, ces élevages mettent en place des dispositifs qui perturbent la communication et les relations entre les animaux. On voit ainsi des truies écraser leurs petits ou des poules se déplumer les unes les autres. Et au lieu de s’attaquer à leurs causes, le système tente de répondre à ces problèmes en se focalisant sur les conséquences. Pour illustrer la situation dans les pays du Sud, notre partenaire Imbaraga a présenté les challenges liés aux bien-être animal (logement, transport, abattage) au Rwanda.

3 autres dimensions à prendre en compte

Sur le plan environnemental, on ne peut que constater les dégâts des monocultures, des OGM et des pesticides propres aux systèmes industriels. Ils entrainent une dégradation des sols ainsi qu’une perte de biodiversité, une diminution de l’eau douce disponible et la production de gaz à effet de serre.

Les impacts socio-économiques font également partie des coûts cachés de notre alimentation. Plusieurs ONG ont mis en lumière les effets pervers du système agricole industriel. Celui-ci induit non seulement une concurrence déloyale entre les agriculteurs, mais aussi un rapport de domination entre l’industrie et ceux-ci, une inégalité d’accès à la terre et un exode rural.

Enfin, les étudiants ont pu décortiquer les politiques alimentaires en vigueur avec Fairtraide Belgium. L’occasion de comprendre les stratégies de lobbying des firmes, le fonctionnement des instances de régulation commerciales internationales et l’influence de la finance sur les dynamiques du système. Et par conséquent, le rôle politique crucial que peuvent jouer les organisations d’agriculteurs, les mouvements sociaux et la mobilisation citoyenne.

Des alternatives existent

Heureusement, nous sommes de plus en plus nombreux à prendre conscience des coûts cachés de l’alimentation industrielle. Pour y remédier, de nombreuses alternatives ont déjà vu le jour. C’est d’ailleurs à celles-ci qu’était dédiée la fin de la journée. Car pour inverser la tendance, il est primordial de réaliser l’impact des choix que nous posons en tant que consommateurs. Et de favoriser les producteurs locaux et les circuits courts.

Avec des agriculteurs et agricultrices belges, les étudiants ont pu échanger sur la permaculture, la production biologique, les micro-fermes et l’autosuffisance. Ils ont aussi abordé des pistes de solution et d’actions, comme par exemple la transition écologique, l’adhésion aux GASAP (groupements d’achat solidaires de l’agriculture paysanne) ou encore à des coopératives. Autant de modèles alternatifs durables qui ont permis de clôturer la journée sur une note positive.

[1] Jean-Pierre Bompard, Dominique Bureau, Nicolas Treich, Michel Trommetter. Prévention des zoonoses : quel rôle pour les politiques environnementales. Références (Commissariat Général au Développement Durable), 2020, 9 p. hal-02907115