Symposium One Health : “Bridging gaps with One Health: challenges & opportunities in the Global South”

Actualités

La santé des humains, des animaux et de l’environnement dans lequel ils vivent est inextricablement liée. « One Health » (« Une seule santé ») est une approche multidisciplinaire qui examine les aspects sanitaires des humains, des animaux et de l’environnement sous différents angles.

Bien que le concept soit largement reconnu et bien développé sur le plan théorique, l’application pratique de One Health est encore limitée, en particulier dans les régions en développement et les contextes humanitaires du Sud. Pourtant, ce concept est extrêmement prometteur pour résoudre des problèmes de santé complexes, en particulier dans les communautés où le bétail est vital. Des moyens supplémentaires sont nécessaires pour faire de One Health une réalité pour tous.

Un premier symposium réussi

En collaboration avec trois partenaires de renom, Vétérinaires sans Frontières a organisé son premier symposium le 27 juin afin de donner de plus amples explications sur ce concept :

  • Katharina Kreppel, épidémiologiste de l’Institut de Médecine Tropicale d’Anvers, a introduit la conférence par une présentation expliquant ce que signifie exactement le concept One Health.
  • Tine Huyse, chercheuse au département de biologie du Musée Royal de l’Afrique Centrale, a poursuivi avec une présentation sur l’importance de l’approche One Health dans la lutte contre les maladies transmises par les escargots telles que la schistosomiase.
  • Krizia Vieri, conseillère One Health chez Médecins du Monde Belgique, avec qui Vétérinaires sans Frontières mène plusieurs projets, a expliqué l’importance de la perspective communautaire dans les applications pratiques du concept.
  • Enfin, notre directeur général, Joep van Mierlo, a donné un aperçu de notre projet-pilote One Health, développé en collaboration avec Médecins du Monde Belgique et Action pour le Développement des Milieux Ruraux autour du parc national de Kahuzi-Biega dans le Sud-Kivu, RDC.

Une première expérience réussie que nous comptons renouveler à l’occasion de notre 40e anniversaire en 2025.

One Health, une approche axée sur les communautés locales

Ce qui distingue l’approche One Health de concepts tels que la « santé planétaire » et l’« écosanté », c’est le rôle central joué par les parties prenantes. One Health va au-delà de la simple collaboration entre les secteurs et les disciplines : elle implique activement toutes les couches de la société, depuis les communautés locales jusqu’aux responsables politiques aux niveaux régional, national et international. L’écoute attentive des communautés locales, qui peuvent souvent apporter des idées, des pratiques et des solutions intéressantes, est un facteur essentiel de la réussite de l’approche One Health. Bien que cette approche communautaire nécessite plus de temps et d’efforts, elle est nettement plus durable que les méthodes top-down qui imposent généralement des restrictions. Malheureusement, les politiques actuelles conduisent souvent à financer des programmes de réaction rapide qui négligent les pratiques et les croyances culturelles locales. À l’inverse, une approche communautaire s’appuie sur un vaste réseau d’organisations locales de la société civile, atteint même les zones les plus reculées et se concentre sur le renforcement des capacités des communautés locales. Les ONG locales jouent un rôle crucial à cet égard.

Pour plus d’informations, voir la présentation de Katharina Kreppel (Institut de Médecine Tropicale) : présentations du symposium

Défis et opportunités illustrés par le cas de maladies transmises par les escargots

Une approche One Health axée sur la communauté offre des possibilités d’intégrer la société civile et les ONG locales dans le processus de prise de décision des programmes de lutte contre les maladies. Par exemple, si nous prenons la gestion des maladies transmises par les escargots, nous constatons que des progrès significatifs ont déjà été réalisés dans ce domaine. Prenons l’exemple de la schistosomiase, une maladie dans laquelle des vers parasites transmis par des escargots affectent à la fois les animaux et les humains. Bien qu’il y ait des traitements efficaces, il n’existe pas de vaccin. Plutôt que de se concentrer uniquement sur le traitement à grande échelle de la maladie, il s’est avéré plus efficace de collaborer avec la population locale et de se concentrer sur la lutte contre les escargots et la sensibilisation aux dangers de la schistosomiase, tels que le risque d’infertilité. Cela a conduit à d’importants changements de comportement, tels que l’amélioration des mesures d’hygiène et l’évitement des eaux contaminées.

Les populations locales peuvent également jouer un rôle important dans la résolution des problèmes environnementaux. Un bon exemple est le lac Kariba au Zimbabwe, où les hippopotames sont affectés par des vers parasites du foie. Les jacinthes d’eau invasives envahissent le lac et épuisent ses nutriments et son oxygène, ce qui a non seulement des conséquences désastreuses pour la flore et la faune, mais constitue également un habitat idéal pour les escargots. Cette situation a conduit à l’augmentation d’une espèce d’escargot exotique qui est plus facilement infectée par la douve du foie que l’espèce indigène, et qui présente donc des risques pour la santé des hippopotames. Il y a là une grande opportunité d’impliquer la population locale dans la lutte contre les jacinthes d’eau, car ces plantes peuvent être utilisées à bon escient comme aliments pour le bétail et comme engrais organiques, comme cela a déjà été prouvé au Sénégal.

Plutôt que d’investir dans des interventions à court terme imposées d’en haut, une approche menée par la communauté offre des solutions plus durables. Par ailleurs, l’implication des communautés locales dans des initiatives de science citoyenne a permis d’améliorer la surveillance des populations d’escargots et l’identification des zones à risque et des pratiques à risque en rapport avec l’eau. De ce fait, les communautés locales peuvent de mieux en mieux se protéger contre les risques d’infection.

Pour plus d’informations, voir la présentation de Tine Huyse (Musée Royal de l’Afrique Centrale) : présentations du symposium

One Health en pratique

Dans l’est de la RDC, nous appliquons activement l’approche One Health pour prévenir les épidémies de maladies zoonotiques dans le parc national de Kahuzi-Biega et ses environs. Cette région présente un risque élevé de transmission de zoonoses, car les communautés locales y vivent en contact étroit avec les animaux et la nature. Avec plus de 75 % de la population vivant sous le seuil de pauvreté, beaucoup sont contraints de se livrer à l’exploitation illégale du bois et au braconnage pour subvenir à leurs besoins. Ce faisant, ils s’exposent inconsciemment à des maladies à potentiel épidémique, comme l’Ebola et la COVID-19.

L’objectif du projet One Health est de prévenir, détecter précocement et maîtriser rapidement les épidémies de maladies infectieuses. Pour cela, nous avons mis en place quatre cabinets vétérinaires à proximité du parc naturel et formé 172 agents communautaires de santé animale chargés de la surveillance épidémiologique et de la sensibilisation au sein de leur communauté. Avec notre partenaire local, Action pour le Développement des Milieux Ruraux, nous travaillons pour restaurer l’écosystème. Tous les acteurs impliqués sont également réunis au sein de plateformes de concertation, où médecins, vétérinaires et experts environnementaux se rencontrent régulièrement et constituent la base d’un système de surveillance épidémiologique intégré.

A l’initiative de Médecins du Monde Belgique, nous menons des recherches-actions participatives avec les chefs des communautés locales de 13 villages, les représentants indigènes, la police, les représentants du secteur agricole, etc. Ces recherches ont permis d’identifier des pratiques à risque, telles que la consommation de viande crue et d’animaux morts, ainsi que les contacts étroits entre le bétail et les humains. Sur la base de ces résultats, nous sensibilisons les communautés aux risques et élaborons ensemble un plan d’actions concrètes et réalisables pour mettre fin aux pratiques à risque afin d’éviter l’émergence de zoonoses et de dommages environnementaux. En privilégiant une approche participative, nous espérons donner aux populations locales le contrôle de leur propre santé, tout en respectant leurs traditions culturelles et en préservant leur environnement.

Ce projet est mis en œuvre par Vétérinaires sans Frontières, Médecins du Monde Belgique et Action pour le Développement des Milieux Ruraux, trois ONG spécialisées dans la santé humaine, animale et environnementale.

Pour plus d’informations, voir les présentations de Krizia Vieri (Médecins du Monde) et Joep van Mierlo (Vétérinaires Sans Frontières) : présentations du symposium